06.04.2008
L'envie du jour.
Dimanche (caresse-moi) , Jamait.
OUI
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05.04.2008
Lettre à mon père.
Vierzon, Jamait.
Papa,
alors que j'étais dans le train pour aller à Tours bien tôt un de ces matins, cette chanson est passée dans mon balladeur. Le paysage défilait sous mes yeux, une multitude de choses sont remontées à ma mémoire et se sont déversées sur mes joues. Certainement que les photos que maman m'a envoyé avaient commencé leur travail. Oui, j'avais déjà pleuré en regardant celle où nous sommes tous les trois. Cela me fait toujours bizarre de vous voir ensemble sur une photo.
Cette chanson qui parle d'un père absent ne décrit, bien sûr, pas du tout notre histoire. Tu as toujours été là quand on était petit, pour nous accompagner à nos activités, nous contruire de beaux bateaux en bois que l'on faisait naviguer sur la piscine.
Mais en tout cas, cette chanson parle de l'amour qu'un enfant aurait pu porter à son père. Et moi, j'ai toujours été triste de ce qu'il s'est passé entre nous quand maman et toi vous êtes séparés, "notre" rupture, à toi et à moi.
Comment décrire ce soir où, du fond de mon lit, j'entends maman te hurler qu'elle sait que tu as quelqu'un. Qu'elle le sent. Et que tu lui répondras que oui. Là, du haut de mes 16 ans, je comprends que ma vie va prendre un tournant que je n'apprécierai pas forcément. Qu'une galère, dans laquelle on est tout les quatre embarqués, vient de partir sur un océan déchainé, l'océan de la réalité.
Comment décrire ces mercredis après-midis où maman m'aidait à faire mes devoirs. Tu apparaissais dans l'embrasure de la porte en disant juste "j'y vais". Oui, va retrouver ta salope de maîtresse. Et maman me consolait alors que c'était elle qui était trompée. On se demande qui tu trahissais le plus.
Comment décrire ce jour où tu as pris la décision de partir vivre avec elle. Où tu es venu t'assoir sur mon fauteuil ergonomique, toi en haut, moi en bas Oui, tu venais juste me dire que nos matins "tous les deux", ils seraient différents. Différents. Les matins où tu faisais tes mots-croisés en fumant alors que je déjeunais à côté, assise en tailleur devant la table basse, tout en regardant la télé. Tu aimais les dessins animés autant que moi. Puis maman nous rejoignait plus tard, elle apparaissait par la porte de la cuisine, juste à droite de la télé. Souvent, elle était pas contente, j'avais fait trop de bruit en mangeant mon petit pot, je l'avais réveillée. Bref, de ce moment de "séparation", maman me racontera que je pleurais en gémissant de manière inhumaine. Cela doit être sans doute vrai, moi je ne m'en souviens pas.
Papa, on pourrait penser que c'est de ce jour-là dont je t'en veux, et pourtant non. Ce jour-là, finalement, tu as fait preuve de courage. Tu as voulu respecter tes envies, tu as voulu donner un nouveau cours à ta vie. Tu n'étais pas heureux et tu avais décidé de faire ce qu'il fallait pour l'être.
Malheureusement, tu n'assumeras pas. Tu seras toujours tiraillé entre elle et nous, incapable de prendre une décision définitive. Plusieurs fois, on a cru que tu revenais définitivement, que la famille finalement, était descendue de cette galère mal-menée par l'océan du monde adulte. Mais non, nous nous étions seulement rapprochés du rivage, pour mieux repartir dans les gigantesques creux.
Maman prendra la décision pour toi. Elle prendra un appartement, ne voulant pas te voir revenir une énième fois. Là, nos relations se sont vraiment dégradées. Je n'arrivais plus à avoir des rapports posés avec toi. Tu étais descendu brutalement de ce piédestal où ma petite main autour de ton cou t'avait mise sur cette fameuse photo à trois. Je t'en voulais de ce charcutage de sentiments, de cette avalanche de souffrance dans laquelle tu nous as entraînés. Un excès de violence vis à vis d'une voiture me faisant perdre totalement toute confiance en toi. Pourquoi tu ne lèverais pas la main sur moi si tu l'as fait sur une voiture. Certes le raisonnement était raccourci, c'est pourtant ce que je ressentais. Moi, si je jouais de la batterie, c'était pour ne pas taper sur toi. J'aurais aimé que tu fasses pareil, en tapant sur cette voiture, tu visais maman. Pour moi, là, c'était ta déchéance.
Ce soir-là, je m'en souviens bien. Toto et moi hallucinions de te voir revenir dans un tel état. Pourtant, je n'ai rien vu. Mais j'ai tout entendu, de mon lit. Décidément, ce lit était le réceptacle de nouvelles de merde. Ce soir-là, en pleure de trouille, j'appelais désespérement mon chéri pour un peu de réconfort, il ne répondra pas, dormant et s'éloignant de moi, mon histoire avec mes parents lui rappelant trop la sienne.
Papa, à cette époque, je repartais si souvent de la maison où tu étais resté vivre sans avoir manger, parce qu'on s'était engueulé, incapables de communiquer. Tu me disais ne pas comprendre cette distance entre nous alors que tu t'entendais bien avec les adolescents de ton école. Mais papa, je ne suis pas une de tes élèves ! Et tu n'es pas leur père. Comment n'as-tu pas pu comprendre ça ? Comment as-tu pu me reprocher cela ? Comment as-tu pu me reprocher d'avoir perdu confiance en toi après tout cela ?
La maison sera vendue. Par maman. Tu as déménagé à Brioude et encore un fois tu as laissé les autres faire à ta place. Dorénavant, tu passeras ton temps à fuir. Fuir tes responsabilités d'ex-mari, de père. Tu sombreras alors dans la dépression, voile à travers lequel tu me verras souvent comme ton seul secour. À me culpabiliser pour que je vienne te voir, alors qu'on avait toujours aussi peu à se raconter. Je dois avouer qu'à mes yeux Papi prendra un peu ton rôle. Beaucoup sans doute, même.
Il m'a fallu du temps pour arriver à prendre de la distance, vis à vis de toi, de vous, de tout ce qui s'est passé sur plusieurs années. Aujourd'hui, j'accepte enfin le fait que je ne voulais pas ça, je ne voulais pas de votre séparation. Même si elle vous appartient. Moi, ça m'a compliqué la vie. Et ça me la compliquera. Sans parler de l'image négative du mariage que j'ai eu longtemps après ça. Et de la difficulté à faire confiance à un homme. Toto, encore heureux que tu es là !
Maintenant nos rapports sont plus posés, malgré des réminiscences... Maintenant, je te vois comme le père, l'homme que tu es, avec ses qualités et ses faiblesses. Je ne vois plus la lune en toi. Juste quelqu'un qui a fait comme il a pu.
La ventilation du train sèchera mes larmes, mais ne mouchera pas mon nez.
OUI
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